Lobby nucléaire en suisse

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Article toruvé sur le site de l'hebdo.
Source: http://www.hebdo.ch/le_lobby_du_nucleaire_deja_a_77681_.html
Le lobby du nucléaire déjà à l’œuvre

Par Michel Guillaume - Mis en ligne le 22.12.2010 à 10:20

Au printemps prochain, la plupart des cantons romands se prononceront – à titre consultatif – sur l’avenir du nucléaire. A Berne, le lobby s’installe.

Le compte à rebours est enclenché. Le débat, enseveli durant près de vingt ans, est relancé. L’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire vient de déclarer conformes les trois demandes de nouvelles centrales...

Au printemps prochain, plusieurs cantons romands organiseront des votations consultatives pour arrêter leur position. Le Conseil fédéral se prononcera en 2012, avant que le peuple suisse n’ait le dernier mot, en 2014 au plus tard.

Les trois grands groupes électriques, Alpiq, Axpo et FMB, souhaitent tous une nouvelle centrale. Ils se montrent gourmands, probablement trop.

Ils sont prêts à investir de grosses sommes – près de 25 millions de francs jusqu’à la votation selon les estimations – pour faire triompher leur cause. A lui seul, le Forum nucléaire, qui est financé par les électriciens, affiche un budget annuel de plus de trois millions.

Les deux camps affûtent leur argumentaire. Les partisans du nucléaire thématisent surtout la pénurie d’électricité qui se profile à l’horizon 2020. Ils ont pour l’instant une longueur d’avance dans les sondages, qui leur donnaient en 2009 une majorité de près de 55%.

Leurs adversaires ne se résignent pas. Plus que jamais, ils sont prêts à monter au front. Ils insistent sur les risques de cette technologie. Ces dernières semaines, ils n’ont pas manqué de dénoncer la provenance douteuse de l’uranium russe des centrales du groupe Axpo, qui a été contraint d’avouer certains faits avérés.

Ils répètent que le problème du dépôt des déchets nucléaires n’est toujours pas résolu. En Suisse allemande, aucune région ne veut l’accueillir.

Le 13 février 2011, le canton de Berne sera le premier à voter. Il ne s’agit que d’un scrutin consultatif, une péripétie dans le débat, pourrait-on croire.

En fait, il est capital, car il donnera non seulement le ton du débat, mais aussi un fort signal sur les sites retenus en 2012 par le Conseil fédéral. Si les partisans du nucléaire perdent la votation, il est à peu près certain que le site de Mühleberg n’entrera plus en ligne de compte pour une nouvelle centrale.

En Suisse romande, les dates des votations ne sont pas encore arrêtées. Durant le premier semestre, Vaudois et Jurassiens seront appelés aux urnes. Le débat y sera moins passionné qu’outre-Sarine, où sont situées les cinq centrales en fonction.

Les Romands sont moins engagés dans le nucléaire; ils ne le sont qu’à travers EOS Holding (EOSH), désormais actionnaire à 31% d’Alpiq, qui possède de fortes participations minoritaires dans les centrales de Leibstadt (32%) et de Gösgen (40%).

Déplacer les priorités. Mais les principaux actionnaires d’EOSH – Romande Energie, les Services industriels de Genève (SIG), de Lausanne (SIL) et Groupe E notamment – sont pour la plupart convaincus de la nécessité de déplacer les priorités en matière énergétique ou alors proposent de construire des centrales à gaz.

Comme ils sont avant tout des distributeurs d’électricité, ils portent désormais l’accent à la fois sur l’efficience (les économies) et le développement des nouvelles énergies renouvelables.

Dans le cadre des négociations de la Suisse avec l’UE devant déboucher sur un accord sur l’électricité, un bras de fer a d’ailleurs vu s’affronter les distributeurs des grandes villes suisses (Swisspower) aux grands groupes nucléaires réunis au sein de Swisselectric.

Ceux-ci s’opposaient au fait que le Conseil fédéral étende son mandat de négociation à la directive de Bruxelles sur les énergies renouvelables. Le gouvernement a tranché en faveur des premiers.

Sur le plan politique, les positions sont claires. L’UDC et le PLR veulent construire deux nouvelles centrales; les socialistes et les Verts s’y opposent. Le PDC, le parti de la cheffe du DETEC Doris Leuthard, jouera le rôle d’arbitre. Il prépare un papier de position qui sera dévoilé en janvier prochain.

Il pourrait pencher – dans un premier temps en tout cas – pour la construction d’une seule, mais grande centrale. La bataille sera formidable, le lobby du nucléaire (voir ci-dessous) fourbit ses armes jusqu’au cœur de la Berne fédérale.


Un lobby très puissant

Doris Leuthard, la cheffe du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC), aura fort à faire pour arbitrer le débat nucléaire.

Un puissant lobby exercera sur elle de fortes pressions pour que le Conseil fédéral propose au Parlement, puis au peuple, la construction de deux nouvelles centrales.

A sa tête, les trois grands groupes Alpiq, Axpo et FMB, dont l’actionnariat est souvent contrôlé par les collectivités publiques à travers leurs services électriques. Leur meilleur allié sera l’association economiesuisse.

Leurs patrons Hans Schweickardt (Alpiq), Heinz Karrer (Axpo) et Kurt Rohrbach (FMB) font tous partie de son comité.

Publié dans Environnement

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